

Les samurai ne représentent qu'environ 7% de la population de l'Empire qui se compose pour l'essentiel du "demi peuple", les heimin. Cette notion n'est pas réellement péjorative mais il est clair qu'un heimin doit respecter un samurai sous peine d'être puni, éventuellement par une mort immédiate. Les heimin font eux aussi partie intégrante de l'Ordre Céleste et leur caste est subordonnée à celle des samurai. Certains samurai sont courtois envers les heimin, d'autres méprisants ou même insultants mais si l'on attend d'un samurai un minimum de correction et de bienséance, il est évident dans le principe de l'Ordre Céleste que les heimin ont un statut inférieur parce qu'ils le méritent.
Les heimin forment les masses laborieuses de Rokugan et l'on compte parmi eux les paysans innombrables qui nourrissent l'Empire. A l'exception des forgerons ou de certains artisans dont le métier intéresse la noblesse, les paysans sont les heimin les mieux considérés puisqu'ils produisent les aliments sans lesquels tout le monde mourrait de faim. Les pêcheurs sont également assimilés à des paysans pour la même raison. Cela ne veut pas dire qu'ils ont la belle vie mais la plupart des daimyo savent reconnaître les mérites de ceux qui les nourrissent tant que ceux ci savent rester à leur place.
Les artisans ainsi que les travailleurs manuels en tous genres (bateliers, porteurs, ouvriers…) sont sensiblement moins considérés que les paysans mais certains artisanats (la forge, le travail de la soie ou du parchemin…) sont plutôt bien vus. Les samurai ne créent pas d'objets à des fins commerciales ou utilitaires car cela est censé relever des prérogatives de la caste heimin. A l'inverse, une création de nature artistique ou la conception d'un objet destiné à servir de présent sont par contre bien considérés. Il y a donc la "création noble" dans laquelle certains samurai excellent et la fabrication prosaïque qui relève la plupart du temps des artisans heimin.
Les négociants ou commerçants quant à eux sont presque méprisés par les samurai bien qu'ils représentent une classe sociale dont la richesse n'a fait que croître avec les siècles. La caste samurai, la noblesse, traite par le mépris ceux qui commercent du travail des autres. A l'exception de certaines familles samurai comme les Yasuki du clan du Crabe, les samurai qui s'intéressent au commerce ou au négoce ont tendance à gérer les choses en termes généraux, confiant le travail le plus prosaïque (et le plus indigne) aux négociants et aux boutiquiers heimin. Paradoxalement, nombre de heimin qui ne font pas partie des marchands et négociants souhaitent disposer de leurs richesses qui à défaut de leur assurer le respect peut cependant aplanir bien des problèmes… les attentes sociales (et financières…) ne sont pas les mêmes chez les heimin et chez les samurai à cet égard.
Il n'est pas possible d'acheter son entrée dans une autre caste et donc, les heimin sont théoriquement incapables de devenir samurai. Il arrive parfois cependant que le Champion d'un Clan soit suffisamment intrigué, intéressé et impressionné par un heimin pour qu'il lui accorde le privilège de rejoindre une maison mineure de son clan en tant que samurai. L'événement n'est pas fréquent car la caste noble est rigoureusement attachée à ses privilèges et convaincue que la naissance étant affaire de destinée, ceux qui naissent heimin sont à priori censés le demeurer. Dans l'éventualité ou un heimin rejoindrait la caste des samurai, il se verra traité comme ses pairs en toutes choses bien qu'il ne soit pas dit que sa lignée ne soit pas l'objet de certaines rumeurs ou commentaires dépréciateurs. Mais d'un point de vue officiel et légal, il sera bel et bien un samurai et ses enfants naîtront dans cette caste.

Les Hinin ou "non peuple" forment une catégorie sociale assez nébuleuse dont les effectifs sont difficiles à déterminer. On y trouve les amuseurs, les baladins, les devins et autres professions plutôt marginales mais aussi les geisha, les prostituées et les eta.
Les geisha, à l'encontre des prostituées, ne sont pas des objets sexuels mais l'incarnation de certaines grâces esthétiques et artistiques. Elles sont considérées comme des artistes bien que leur statut soit extrêmement bas dans l'Ordre Céleste. Dans les Quartiers Réservés ou l'on se rend afin de faire la fête, elles ont par contre une certaine influence et sont les égéries de nombreux samurai ou heimin fortunés.
Les Eta quant à eux sont tout juste traités comme des êtres humains. Leurs métiers sont considérés comme impurs et leurs personnes aussi. Les Eta sont fossoyeurs, bouchers (bien que la viande rouge soit peu consommée dans l'Empire, ils s'occupent donc surtout de vider les volailles), bourreaux, éboueurs ou tanneurs. Il est extrêmement rare qu'un eta sache lire, la plupart vivent dans des conditions d'insalubrité extrême mais personne, pas même les autres hinin, ne veut s'intéresser à leur sort. Ils sont indispensables mais la plupart des gens des autres castes font comme s'ils ne les voyaient pas et nul ne s'aventure dans leurs bidonvilles sans d'excellentes raisons.
S'intéresser à eux quand on n'est pas obligé de le faire ou que l'on n'appartient pas à un ordre monastique est considéré au mieux comme une perte de temps, au pire comme une lubie malsaine. S'il est plutôt rarissime qu'un heimin devienne samurai, il est vraiment exceptionnel qu'un hinin ou un eta se voie accorder une promotion dans la caste heimin. La plupart du temps, le reste du monde préfère ignorer les représentants de cette caste, voire les éviter.

Si certains sont de jeunes heimin ou hinin recueillis par les monastères, nombre de moines sont en fait des samurai qui ont suivi la coutume de l'Inkyo (la retraite) qui sera abordée plus loin. Les moines abandonnent leur ancien nom et se rasent la tête, la plupart refusant même de conserver un lien quelconque avec leurs anciens parents. Ils sont respectés pour leur sagesse et parce que les enseignements de Shinsei et des Fortunes font d'eux des gens toujours prêts à conseiller le vertueux ou à aider le nécessiteux. Ils ne sont cependant pas autant respectés que les samurai et ne disposent d'aucun pouvoir réel sur le système féodal des Clans dans lequel ils ne peuvent normalement exercer de responsabilités. Il existe de nombreuses sectes monastiques aux enseignements diversifiés mais qui reposent sur les mêmes fondations spirituelles.

Les étrangers sont rassemblés sous la dénomination de gaijin (ce qui signifie à peu près "démons barbares"). Si autrefois l'Empire avait des liens très ténus avec les tribus du nord, la loi impériale interdit désormais aux gaijin de poser un pied sur le sol de l'Empire. Quelles que soient leurs origines, les étrangers sont donc susceptibles d'être mis à mort dès que l'on repère l'un d'entre eux à Rokugan.
Cette situation date du cinquième siècle durant lequel l'Empire eut des rapports commerciaux et diplomatiques avec un peuple gaijin venu d'au delà de la grande mer orientale. Ces étrangers finirent par trahir la confiance des rokugani et tentèrent avec leurs armes à poudre noire de s'emparer de la capitale. Ils furent vaincus et ceux qui ne purent s'enfuir furent exterminés jusqu'au dernier car leur attaque avait provoqué la mort de l'Impératrice Hantei IX. Depuis cette époque, l'Empire d'Emeraude refuse tout contact avec le reste du monde.
La situation a quelque peu évolué avec le retour du Clan de la Licorne et désormais, diverses importations strictement contrôlées sont tolérées. Les gaijin eux-mêmes par contre n'ont toujours pas le droit de poser le pied sur le sol de l'Empire et depuis leur défaite, les étrangers venus d'au delà des mers n'ont plus jamais tenté d'entrer en contact avec Rokugan.
Si les contes du clan de la Licorne et certaines de ses marchandises sont appréciés avec modération, si certains prétendent que l'on importe également en toute illégalité diverses denrées venues du nord ou des pays au delà des terres de l'Outremonde, l'Empire demeure extrêmement xénophobe et isolationniste. Les étrangers n'y sont pas mieux traités que des eta. De nombreux édits impériaux interdisent l'importation d'armes gaijin et si les secrets de la poudre noire ou "poivre gaijin" comme on la surnomme sont connus de certains alchimistes, la loi autorise seulement son usage pour les feux d'artifices. L'Empire a déjà affronté autrefois mousquets et canons mais même après sept siècles, il se refuse à en faire usage.
En résumé, l'Ordre Céleste concerne tous les humains qui descendent des tribus primitives qui se prosternèrent devant les Kami Fondateurs. En font également partie les descendants des étrangers qui ont été adoptés par le Clan de la Licorne mais le reste du monde doit demeurer à l'écart. Il se peut, si un jour l'Empire redevient une nation expansionniste, qu'il conquière ou assimile en son sein d'autres peuples étrangers comme cela fut certainement le cas aux origines. Mais rien ne laisse présager une telle tendance dans un avenir proche. Les frontières de l'Empire n'ont pas variées depuis plusieurs siècles, aucune nation puissante avec laquelle commercer ou guerroyer ne jouxte ses territoires et les pressions économiques ou sociales sont insuffisantes pour justifier une nouvelle phase expansionniste.