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 La tableau de Paris [aide de jeu]
 
Le Gardien
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Auteur Fil de discussion: La tableau de Paris [aide de jeu]  (Lu 1428 fois)
Gravillon
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Figure de proue


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« le: 25 Septembre 2014 à 21:21:04 »

En guise de description de Paris au XVIIIe siècle, je vous livre ci-dessous quelques extraits choisis du "Tableau de Paris" écrit par Louis Sébastien Mercier entre  1781 et 1790.
Pour les amateurs, et si ces extraits vous ont donné envie d'aller plus loin, la version complète est mise à disposition en téléchargement ou en lecture directe sur le site Gallica de la Bnf.

(Je précise toutefois, que j'ai conservé l'orthographe originale, et ne me suis contenté que de remplacer les F par des S, qui rendent la lecture un poil pénible, et donne après quelques lignes l'envie de causer comme un chat noir et blanc bien connu et avide de canaris jaunes à grosse tête.)




Tableau de Paris (vol1)

[...] Un carrosse vous arrête, sous peine d'être moulu sur le pavé: voici qu'un pauvre couvert de haillons tend la main à un équipage doré, où est enfoncé un homme épais, qui, retranché derrière ses glaces, paroît aveugle & sourd: une apoplexie le menace, & dans dix jours il sera porté en terre, laissant deux ou trois millions à d'avides héritiers qui riront de son trépas, tandis qu'il refusoit de légers secours à l'infortuné qui l'imploroit d'une voix touchante. [...]

Physionomie de la grande Ville.

Voulez-vous juger Paris physiquement ?
Montez sur les tours de Notre-Dame.
La ville est ronde comme une citrouille ; le plâtre qui forme les deux tiers matériels de la ville, & qui est tout-à-la-fois blanc & noir, annonce qu'elle est bâtie de craie, & qu'elle repose sur la craie. La fumée éternelle qui s'éleve de ces cheminées innombrables, dérobe à l'œil le sommet pointu des clochers; on voit comme un nuage qui se forme au-dessus de tant de maisons, & la transpiration de cette Ville est pour ainsi dire sensible.
La riviere qui la partage, la coupe presque régulièrement en deux portions égales; mais les édifices se portent depuis quelques années du côté du nord.[...]

Les Carrieres.

Pour bâtir Paris dans son origine, il a fallu prendre la pierre dans les environs; la consommation n'en a pas été mince.
Paris s'agrandissant, on a bâti insensiblement les fauxbourgs sur les anciennes carrieres; de sorte que tout ce qu'on voit en-dehors, manque essentiellement dans la terre aux fondements de la ville : de-là les concavités
effrayantes qui se trouvent aujourd'hui sous les maisons de plusieurs quartiers; elles portent sur des abymes.
Il ne faudroit pas un choc bien considérable, pour ramener les pierres au point d'où on les a enlevées avec tant d'effort.
Huit personnes ensevelies dans un gouffre de cent cinquante pieds de profondeur, & quelques autres accidents
moins connus, ont excité enfin la vigilance de la Police & du Gouvernement  & de fait, on a étayé
en silence les édifices de plusieurs quartiers, en leur donnant dans ces obscurs souterrains un appui qu'ils
n'avoient pas. [...]

Jouissances

Un citadin riche trouve à son réveil les marchés fournis de tout ce que cent mille hommes ont pu ramasser à cinquante lieues à la ronde, pour flatter ses goûts. Il n'a que l'embarras du choix. Tout abonde ; & pour quelques pièces d'argent, il mangera le poisson délicieux, l'huître verte, le faisan, le chapon & l'ananas, qui croissent séparément sur des terrains opposés.
C'est pour lui que le vigneron renonce à boire le jus bienfaisant qu'il garde soigneusement pour une bouche étrangère : c'est pour lui que les espaliers font taillés par des mains adroites & Veut-il charmer sa douce vigilantes oisiveté?  le peintre lui apporte son tableau; les spectacles lui offrent leur musique, leurs drames, leurs assemblées brillantes.
Il faut qu'il soit bien né pour l'ennui, s'il ne trouve à varier ses amusements.
Il est des ouvriers de sensualité, qui décorent la coupe de la volupté, & qui savent raffiner des plaisirs déjà jugés exquis.

Au plus pauvres la besace.

Toutes les charges, les dignités, les emplois, les places civiles, militaires & sacerdotales se donnent à ceux qui ont de l'argent.
Ainsi la distance qui sépare le riche du reste des citoyens s'accroît chaque jour, & la pauvreté devient plus insupportable par la vue des progrès étonnants du luxe qui fatigue les regards de l'indigent.
La haine s'envenime,& l'Etat est divisé en deux dalles; en gens avides & insensibles, & en mécontents qui murmurent.
Le législateur qui trouvera le moyen de hacher les propriétés, de diviser & subdiviser les fortunes,
servira merveilleusement l'Etat & la population.
Telle est la pensée féconde de Montesquieu, revêtue de cette expression si heureuse :
En tout endroit ou deux
personnes peuvent vivre commodément, il se fait un mariage.


Gaieté.

On ne trouve plus chez les Parisiens cette gaieté qui les distinguoit, il y a soixante ans, & qui formoit pour l'étranger l'accueil le plus agréable & le compliment le plus flatteur.  
Leur abord n'est plus si ouvert, ni leur visage aussi riant.
Je ne sais quelle inquiétude a pris la place de cette humeur enjouée & libre, qui attestoit des mœurs plus simples, une plus grande franchise, & une plus grande liberté.
On ne se réjouit plus en compagnie.
L'air sérieux, le ton caustique, annoncent que 1a plupart des habitants rêvent à leurs dettes, & font toujours aux expédients.
Les dépenses qu'entraînent le luxe & la manie des superfluités, ont rendu tout le monde pauvre, & l'on s'intrigue perpétuellement pour parer aux frais de représentation.
Affaires, embarras, servitudes, projets; tout cela se lit sur les visages. Dans une société de vingt personnes, dix-huit s'occupent des moyens d'avoir de l'argent, & quinze n'en trouveront point.
Les ris naissent de la modération des désirs : on ne la connoît plus : on tombe dans la réserve, de-là dans la sécheresse, & l'abus de l'esprit vient encore rétrécir les cœurs. Les visages voudroient se montrer épanouis; mais une vraie inquiétude trahie le tourment intérieur de l'âme. Si l'on jouit encore, c'est dans des parties obscures & secrètes, où l'on est seul, où le libertinage prend la place de la volupté; on y est quelquefois distrait, jamais heureux.

Les bourgeois


[...] Dès qu'on est sur le pavé de Paris, on voit bien que le peuple n'y fait pas les loix. Aucune commodité pour les gens de pied ; point de trottoirs. Le peuple semble un corps séparé des autres ordres de l'Etat ; les riches & les grands qui ont équipage , ont le droit barbare de l'écraser ou de le mutiler dans les rues. Cent victimes expirent par année fous les roues des voitures. L'indifférence pour ces fortes d'accidents, fait voir que l'on croit que
tout doit servir le faste des Louis XV disoit: Si j'étois Lieutenant de police, je défendrois les cabriolets. Il regardoit
cette défense comme au-dessous de sa grandeur.
Que l'on dise à un tranquille habitant des Alpes, qu'il y a une ville où des citoyens pouffent leurs chevaux à toute bride sur le corps de leurs concitoyens, qu'ils en font quittes pour payer une légere somme, & qu'ils peuvent recommencer le lendemain ; il taxera le Parisien de mensonge, & n'osera faire entrer dans sa mémoire l'image de cette barbarie. [...]

Population de la capitale

[...]Il meurt à Paris, année commune, vingt mille personnes environ ; ce qui, selon le même observateur, paroît donner une population de sept cents mille ames, en comparant trente-cinq vivants pour un mort.
Tous les grands hivers augmentent cette mortalité. Elle s'est trôuvée en 1709, de 30000, en 1740, de 24000.
D'après les mêmes observations, il naît à Paris plus de garçons que de filles, & il y meurt plus d'hommes que de femmes, [...]  Ainsi !a différence est d'un neuvieme entre le sort final des hommes & des femmes dans cette Capitale, nommée par le petit peuple, le paradis des femmes, le purgatoire des hommes, & l'enfer des chevaux.

Il y a des jours qu'il fort des portes de la Capitale,  trois cents mille hommes à épaisses colonnes dont soixante mille en équipages ou à cheval : il s'agit d'une réjouissance, d'une revue, d'une fête publique. Six heures après, cette foule immense se dissipe; chacun retourne chez soi.
La place donc les limites étoient ferrées, dont les barrières étoient renversées par l'affluence prodigieuse du peuple qui crioit miséricorde, se vuide, demeure nue & déserte; & de tant d'hommes assemblés & pressés, chacun, a son asyle ou son trou à part.

Le jour de la promenade de Long Champ, toute la ville sort, quelque temps qu'il fasse. C'est le jour marqué par l'usage, pour faire voir à tour Pa ris son équipage, ses chevaux & ses laquais.
Onne fait point la révérence à la promenade, comme dans un sallon; celle-là a un caractère de légereté, que n'attraperoit jamais le plus leste étranger.[...]

La Cour est fort attentive aux discours des Parisiens : elle les appelle les grenouilles.
Que disent les grenouilles ? se demandent souvent les Princes entr'eux.
Et quand les grenouilles frappent des mains à leur apparition, ou au sptétacle, ou sur le chemin de Sainte-Genevieve, ils font très-contents.
On les punit quelquefois par le silence.
En effet, ils peuvent lire dans le maintien du peuple les Idees qu'on a sur leur compte. L'allégresse ou l'indifférence publique ont un caractère bien marque. L'on prétend qu'ils font sensibles à la réception de la Capitale, parce qu'ils sentent confusément que dans cette multitude il y a du bon sens, de l'esprit, & des hommes en état de les apprécier, eux & leurs actions.
Or ces hommes, on ne sait trop comment, déterminent le jugement de la populace.
La police a soin, dans certaines circonstances, de payer de fortes gueules qui se répandent dans
différents quartiers, afin de mettre les autres en train, ainsi qu'elle soudoie des chianlis pendant les jours gras; mais les vrais témoignages de l'allégresse publique, ainsi que du contentement du peuple, ont un caractere que rien n'imite.
On en est au dixieme plan de Paris; mais il déborde toujours ses limites: la clôture n'en est pas encore fixée, & ne sauroit l'être.
Je m'égare, je me perds dans cette ville immense; je ne reconnois plus moi-même les quartiers nouveaux.
Les marais qui produisent les légumes, reculent & font place à des édifices. Voilà Chaillot, Passy, Auteuil bien liés à la Capitale.
Encore un peu, Sève y touche; & si l'on prolonge d'ici à un siecle jusqu'à Versailles ; de l'autre côté à Saint-Denis, & du côté de Picpus à Vincennes, ce fera là pour le coup une ville plus que Chinoise.
[...]

Des Cheminées

[...] La consommation de bois est devenue effrayante, & menace, dit-on, d'une prochaine disette.
Celui qui a inventé le flottage du bois, mériteroit d'avoir une statue dans l'Hôtel-de-Ville ; mais les Echevins aiment mieux y montrer leur figure en perruque, roide & agenouillée.
Cependant, sans cet inventeur heureux, la Capitale n'auroit jamais pris un tel accroissement.
Ce bois que le fleuve amene, & qu'on entasse en piles hautes comme des maisons ( La Gazette Ecclésiastique s'est imprimée long-temps sous une de ces piles. Les ouvriers de l'imprimerie étoient
déguisés en scieurs & en débardeurs. Les limiers de la Police étoient tous en défaut.),
difparoîtra dans l'espace de trois mois.
Vous le voyez en pyramides quarrées ou triangulaires, qui vous dérobent la vue des environs: il fera mesuré, porté, scié, brûlé, & il n'y aura plus que la place.
Autrefois, ce qui composoit le domestique se chauffoit à un foyer commun;  aujourd'hui la femme-de-chambre a sa cheminée, le précepteur a sa cheminée, le maître- d'hotel a sa cheminée ,

Crainte fondée

[...]Quand on songe qu'il y a à Paris près d'un mil lion d'hommes entassés sur le même point, & que
ce point n'est pas un port de mer, il y a vraiment de quoi frémir sur la future subsistance de ce peu-
pIe; & quand on songe ensuite que ce qu'on appelle commerce est encore gêné, comprimé,  fatigué de toutes parts, il y a encore de quoi frémir davantage.
Alors l'existence de cette superbe ville paroît absolument précaire: car plusieurs causes isolées, qui n'ont pas besoin d'être réunies, peuvent y faire entrer la famine, sans compter les autres fléaux qu'elle peut essuyer politiquement.
Il est bien sûr que chaque Parisien n'aura désormais du pain, que tant qu'on voudra bien permettre aux boulangers d'avoir de la farine, & que le maître du ruisseau de la Seine & de la Marne est & le sera de l'existence de la ville.[...]

Gare! Gare!

Gare les voitures! Je vois passer dans un carrosse le médecin en habit noir, le maître à danser dans un cabriolet, le maître en fait d'armes dans un diable, & le Prince court à six chevaux ventre à terre, comme s'il étoit en rafe campagne.
L'humble vinaigrette se glisse entre deux carosses, & échappe comme par miracle. Elle traîne une femme à vapeurs, qui s'évanouiroit dans la
hauteur d'un carrosse.
Des jeunes gens à cheval gagnent impatiemment les remparts, & sont de mauvaise humeur, quand la foule pressée, qu'ils éclaboussent, retarde un peu leur marche précipitée.
Les voitures & les cavalcades causent nombre d'accidents, pour lesquels la police témoigne la plus parfaite indifférence.
J'ai vu la catastrophe du 18 Mai 1770, occasionnée par la foule des voitures qui obtruerent la rue, unique passage ouvert à l'affluence prodigieuse du peuple qui se portoit en foule à la triste illumination des Boulevards. J'ai manqué d'y perdre la vie. Douze à quinze cents personnes ont péri, ou le même jour, ou des suites de cette presse effroyable.
J'ai été renversé trois fois sur le pavé à différentes époques, & sur le point d'être roué tout vif J'ai donc un peu le droit d'accuser le luxe barbare
des voitures.
Il n'a reçu aucun frein, malgré les réclamations journalières.
Les roues menaçantes qui portent orgueilleusement le riche, n'en volent pas moins rapidement sur un pavé teint du sang des malheureuses victimes qui expirent dans d'effroyables tortures, en attendant la réforme qui n'arrivera pas, parce que tous ceux qui participent à l'administration roulent carrosse, & dédaignent conféquemment les plaintes de l'infanterie.
Le défaut de trottoirs rend presque toutes les rues périlleuses. Quand un homme qui a un peu de crédit est malade, on répand du fumier devant
sa porte, pour rompre le bruit des carrosses ; & c'est alors sur-tout qu'il faut prendre garde à soi. [...]

Quand un cocher vous a moulu tout vif, on examine chez le Commissaire si c'est la grande ou la petite roue. Le cocher ne répond que de la petite;
& si vous expirez fous la grande roue, il n'y a point de dédommagements pécuniaires pour vos héritiers. Puis il est un tarif pour les bras, les jambes,
les cuisses; & c'est un prix fait d'avance. Que faire! Bien écouter quand on crie, gare! gare !

Mais nos jeunes Phaétons font crier leurs domestiques de derrière le cabriolet. Le maître vous renverse, puis le valet s'égosille, & se ramasse qui
peut.

Perruquiers
[...] Il y a deux "siècles que nous avons eu la faiblesse d'imiter les femmes dans cet art de la frisure qui nous effémine & nous dénature. [...]

La rage de la frisure a gagné tous les états. Garçons de boutiques, Clercs de Procureurs & de Notaires, domestiques, cuisiniers, marmitons, tous versent à grands flots de la poudre sur leurs têtes, tous y ajustent des toupets pointus, des boucles

L'odeur des essences & des poudres ambrées vous saisit chez le marchand du coin, comme chez le petit-maitre élégant & retapé.
Quel vide il en résulte dans la vie des citoyens !
Que d'heures perdues pour des travaux futiles !
Combien les friseurs & les friseuses enlèvent de moments à la courte durée de notre existence !
Lorsqu'on songe que la poudre dont deux cents mille individus blanchissent leurs cheveux, est prise sur l'aliment du pauvre; que la farine qui entre dans l'ample perruque du robin, la vergette du petit-maître, la boucle militaire de l'Officier, & l'énorme catogan du batteur dé pavé nourriraient dix mille infortunés ; que cette substance extraite du blé dépouillé de ses parties nutritives, passe infructueusement sur la nuque de tant de désœuvrés : on gémit sur cet usage, qui ne laisse pas aux cheveux la couleur naturelle qu'ils ont reçue.

Douze cents Perruquiers , maîtrise érigée en charge, & qui tiennent leurs privilèges de St. Louis, emploient à-peu-près six mille garçons. [...] Six mille laquais n'ont guère que cet emploi. Il faut comprendre dans ce dénombrement les coiffeuses.

Tous ces êtres-là tirent leur subsistance des papillottes & des bichonnages.
Nos valets-de-chambre-perruquiers, le peigne & le rasoir en poche pour tout bien, ont inondé l'Europe ils pullulent en Russie & dans toute l'Allemagne.
Cette horde de barbiers à la main leste, race menteuse, intrigante, effrontée, vicieuse, Provençaux & Gascons pour la plupart, a porté chez l'étranger une corruption qui lui a fait plus de tort que le fer des soldats.

[...] Voilà les conquérants qui ont fait prévaloir le nom Français dans toutes les contrées, & qui ont été les vengeurs de nos revers politiques. Nos voisins pourraient donc faire un traité sur la pernicieuse introduction des friseurs parmi eux,  & sur l'avantage qui aurait résulté d'une proscription prompte & raisonnée.

Ruisseau

Un large ruisseau coupe quelquefois une rue en deux, & de manière à interrompre la communication entre les deux côtés des maisons.
A la moindre averse il faut dresser des ponts tremblants. Rien ne doit plus divertir un étranger, que de voir un Parisien traverser ou sauter un ruisseau fangeux avec une perruque à trois marteaux, des bas blancs & un habit la galonné, courir dans de vilaines rues sur la pointe du pied, recevoir le fleuve des gouttières
sur un parasol de taffetas.
Quelles gambades ne fait pas celui qui a entrepris d'aller du fauxbourg St. Jacques dîner au fauxbourg St. Honoré, en se défendant de la crotte & des toits qui dégouttent!

Des tas de boue, un pavé glissant, des essieux gras, que d'écueils à éviter ! Il aborde néanmoins. A chaque coin de rue il a appelé un décrotteur. Il en est quitte pour quelques mouches à ses bas.
Par quel miracle a-t-il traversé sans autre encombre la ville du monde la plus sale ?
Comment marcher dans la fange en conservant ses escarpins? Oh! c'est un secret particulier aux Parisiens, & je ne conseille pas à d'autres de vouloir les imiter.
Pourquoi ne pns s'habiller conformément à la boue & à la poussière ? Pourquoi prendre à pied un vêtement qui ne convient qu'à celui qui roule dans une voiture ? Pourquoi n'avoir pas des trottoirs, comme à Londres ?

Détermination de l'habitude

Si l'on me demande comment on peut rester dans ce sale repaire de tous les vices & de tous les maux entassés les uns sur les autres, au milieu d'un air empoisonné de mille vapeurs putrides, parmi les boucheries, les cimetières, les hôpitaux, les égouts, les ruisseaux d'urine, les monceaux d'excréments, les boutiques de teinturiers, de tanneurs, de corroyeurs ; au milieu de la fumée continuelle de cette quantité incroyable de bois, & de la vapeur de tout ce charbon ; au milieu des parties arsénicales, sulfureuses, bitumineuses, qui s'exhalent sans cesse des ateliers où l'on tourmente le cuivre & les métaux ; si l'on me demande comment on vit dans ce gouffre, dont l'air lourd & fétide est si épais qu'on en aperçoit & qu'on en sent l'atmosphère à plus de trois lieues à la ronde ; air qui ne peut pas circuler, & qui ne fait que tournoyer dans ce dédale de maisons : comment enfin l'homme croupit volontairement dans ces prisons, tandis que s'il lâchait les animaux qu'il a façonnés à son joug, il les verrait, guidés par le seul intérêt, fuir avec précipitation et chercher dans les champs l'air, la verdure, un sol libre, embaumé par le parfum des fleurs: je répondrais que l'habitude familiarise les Parisiens avec les brouillards humides, les vapeurs malfaisantes, & la boue infecte,

Ensuite l'opéra, la comédie, les bals, les catins & les sectacles, les consolent de la perte de la santé. Qu'importe que les liqueurs qui circulent dans nos veines, s’épaississent se coagulent, forment des engorgements, pourvu que l'on voye danser Vest-Allard? On n'a plus besoin de force ni de courage, quand on ne parcourt plus d'autre espace que celui qui sépare les trois spectacles.

Les Parisiens ne sont pas trop jaloux de communiquer avec le firmament & lès beautés. C'est aux paysans à qui appartient de contempler le ciel. Pour eux, ils regardent le soleil sans admiration, sans reconnaissance & à-peu-près comme le laquais qui les éclaire.

Vivre aux bougies, est même une distinction de l'opulence. On ne jouit qu'aux bougies ; on ne se rassemble qu'aux bougies ; tous les gens riches sont brouillés avec le soleil. Le jour n'est pas fait pour éclairer leurs plaisirs ; sa clarté est ignoble. C'est un peuple de morts, qui n'existe que dans des salons hermétiquement fermés, & au milieu des flambeaux.




« Dernière édition: 07 Octobre 2014 à 23:12:46 par Gravillon » Journalisée

La police croit avoir tout dit lorsqu'elle a dit: un meurtre a été commis, et tout fait lorsqu'elle a ajouté: on est sur la trace des coupables. (A. Dumas, Le Comte de Monte-Cristo)
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