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Interview de Raphaël Bombayl

· 09 Mars 2006 à 13:35 /Interview

Interview de Raphaël Bombayl rédacteur en chef et éditorialiste chez Black Book Edtions.

Cela fait maintenant quelques temps qu’on lit les trouvailles des membres de Black Blook Editions. Mais derrière toutes ces pages, qui se cache derrière eux ? Qui sont donc ses membres ? En combien d’équipes différentes sont-ils séparés ?

Stricto sensu, Black Book Éditions est une petite entreprise, comme beaucoup d’autres acteurs du milieu : David (le gérant), Cyrielle (infographiste), Alexandra (commerciale) et Raphaël (rédacteur). Dans les faits, il faut aussi rajouter quelques collaborateurs qui travaillent en liaison étroite avec nous, par exemple Damien, le traducteur de Midnight. Et bien entendu, nous aimons aussi travailler avec une équipe stable d’illustrateurs et d’auteurs, tant pour nos productions JdR/JdP que pour notre magazine Black Box.

Comment est né Black Book Editions ? Pourquoi et de quelle manière cela s’est-il passé, à l’origine ?

Black Book Éditions est avant tout née de la passion d’une bande de copains, désireux de se lancer dans le domaine de l’édition pour pouvoir publier les jeux qu’ils aiment… L’objectif était de se faire plaisir tout en réussissant bien entendu à monter un projet qui pourrait perdurer !

Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous ayez rencontrées depuis vos débuts ?

Là aussi, les problèmes sont similaires à ceux que rencontrent beaucoup de petites structures, et pas seulement dans le jeu ! Il faut s’organiser, trouver des collaborateurs fiables, apprendre à gérer des budgets serrés et des plannings surchargés, se faire connaître… et bien sûr affronter les premières critiques avec courage et sérénité !
Aujourd’hui, le catalogue s’est développé, nos ambitions aussi (le lancement du magazine, par exemple) mais nous sommes toujours confrontés aux mêmes problèmes, à une autre échelle ! Mais petit à petit, nous nous adaptons…

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir « Midnight », parmi la pléthore d’autres projets qui aurait pu vous intéresser ?

Tout d’abord, la licence était libre. C’est bête à dire, mais c’est aussi comme cela que ça marche. Ensuite, Midnight, c’est un univers original, avant d’être un produit estampillé « d20 ». Le fait qu’il utilise les règles de D&D était déjà un moyen de trouver un public (qui reste avant tout attaché au médiéval-fantastique). Mais surtout, le thème principal simple mais très fort de Midnight en faisait un jeu qui nous semblait porteur : « Et si Sauron avait gagné la guerre sur les Terres du Milieu ? ». Mine de rien, cela parle à tout le monde, et cela laissait déjà présager plein de développements, de scénarios et d’ambiance possibles. Midnight fait à notre avis partie des univers « D&D » les plus intéressants, à côté de Dark Sun, Ravenloft ou Planescape, loin des clichés habituels du médiéval-fantastique.

Par ailleurs, vous avez choisi de publier « Pavillon Noir ». Malgré le travail grandiose de Renaud Maroy, n’était-ce pas un pari risqué pour un début dans le milieu de l’édition ? Le JdR historique ne semblait pas un créneau porteur, il y a encore deux ans.

Ça ne l’est toujours pas. Le pari était risqué en effet, c’était un coup de poker (PN était notre premier jeu). Le jeu était toutefois connu, et avait l’avantage d’avoir été développé : il ne manquait pas beaucoup d’étapes pour le passage au papier traditionnel. Pourtant, et à notre plus grande surprise, le jeu a fait un carton, pour un JdR « historique ». C’est sans doute en raison de son aspect encyclopédique très documenté et d’un thème somme toute relativement porteur aussi, les pirates des Caraïbes.

On dit que le marché du jeu de rôle rencontre quelques difficultés, ces derniers temps, bien qu’il semble ne s’être jamais vraiment bien porté. Je pense notamment à notre ancien partenaire, feu Extraordinary World Studios. Rencontrez-vous (ou avez-vous rencontré) également ce type de difficultés ?

La période faste du JdR, c’était il y a 15 ans. En ces temps glorieux, un Bloodlust pouvait se vendre à 5000 exemplaires dès sa sortie. Aujourd’hui, les jeux sont tirés à 2000 exemplaires seulement… Il est devenu illusoire de vouloir durer en ne faisant que du JdR, voilà pourquoi la plupart des éditeurs font aussi du jeu de plateau à côté. Le JdR ne rapporte pas grand-chose, c’est vrai, et en plus il demande un temps fou en relecture, en maquette… Évidemment, comme les tirages sont ridicules, les coûts d’impression sont particulièrement élevés, ce qui explique le prix des manuels de jeu, et l’éternelle incompréhension totale des éditeurs devant les réclamations des certains rôlistes, qui trouvent que les jeux sont « trop chers » (malheureusement les bouquins de JdR sont devenus des produits de luxe).
Par contre, un bon jeu, avec un peu de suivi, peu être remboursé assez facilement, à défaut de dégager de réels bénéfices. Conclusion : les éditeurs qui font encore du JdR le font par plaisir. Si ce n’était pas le cas, la plupart des gammes actuelles auraient été abandonnées (sauf Donjon…). De notre côté, grands joueurs devant Izrador, nous ne comptons pas pour l’instant abandonner le JdR, nous avons des projets, tant en traduction (Midnight 2, Shadowrun 4, Earthdawn 2…) qu’en création originale (ou même en reprise d’anciennes gammes !).

J’ai eu écho que les ventes de « Midnight » se portaient très bien. Qu’en est-il vraiment ? Pouvons-nous avoir des chiffres précis ?

Il est toujours délicat de donner des chiffres précis, mais c’est vrai que les ventes sont correctes ! Assez en tout cas pour continuer à sortir des suppléments, et pour aborder sereinement la publication de la deuxième édition de Midnight.

Les suppléments de « Midnight » semblent légers, comparés à certaines gammes. Comment expliquez-vous cela ?

Il faudrait demander aux auteurs américains ! Le contenu des suppléments est souvent relativement percutant, sans se limiter à des listes interminables de nouveaux sorts ou classes de prestige… De notre côté, nous ne nous interdisons pas de rajouter un scénario dans les VF.

Les traductions sont-elles « tronçonnées » en plusieurs volumes, comme cela se fait lors des traductions de certains romans ?

Jusqu’à présent, nous traduisons les suppléments dans l’ordre de leur parution originelle, sans les découper en plusieurs volumes. Nous avons eu des difficulté avec la boîte « Fury of Shadow » : éditer une telle boîte revenait beaucoup trop cher à la fabrication. Résultat, la campagne et le pack « écran/carte/FdP » ont été publié séparément.

Le dernier supplément de « Midnight : Ombre et magie » vient de sortir, que nous réservez-vous pour l’avenir ?

La suite ! C’est-à-dire, rapidement, « Forge de l’Ombre » (le supplément sur Mont d’Acier), puis sans doute la seconde édition de Midnight. Il y a encore pas mal de suppléments à traduire, notamment ceux qui présentent le sud du continent, les nains des Kaladrunes ou le nord remplis de tribus orques…

Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de « DawnForge » ?

Nous avons acquis la licence en même temps que celle de Midnight. Pour l’instant, la traduction n’est pas beaucoup avancée : comme d’habitude, c’est un gros projet, nous avons d’autres projets sur le feu, nous avons donné la priorité à Midnight, et il faut encore trouver la bonne solution pour l’édition du jeu, concernant sa forme définitive. Donc, pas beaucoup d’infos supplémentaires…

Vous venez de sortir un CD d’ambiance sonore. Comment croyez-vous que le public va réagir à ce type de produit ? Si le public y est favorable, quels autres thèmes pensez-vous aborder ?

Ça, c’était un test, sur un produit un peu décalé et original. Les ventes sont timides, c’est vrai, mais nous n’attendions pas non plus le carton du siècle. Nous sommes prêts à laisser du temps au produit, afin qu’il s’installe et trouve sa notoriété. Après tout, nous sommes quand même convaincus que ces CD sont intéressants, bien réalisés et aptes à remplir leur rôle auprès de nombreux MJ. Nous envisageons également d’autres opus, pour des ambiances contemporaines, horreur ou d’autres thèmes médiévaux-fantastiques. Par contre, on ne se donne pas de délai particulier…

Avez-vous une future gamme en vue pour 2006, après l’essor de « Pavillon Noir » et « Midnight » ?

Shadowrun 4, voilà le grand chantier actuel. Et comme nous aimons souffrir et crouler sous le travail, nous prévoyons même d’ajouter de nouvelles gammes de JdR à notre catalogue (Earthdawn notamment, même si ce n’est pas pour tout de suite), tout en poursuivant les anciennes. Pour l’instant, tous les contrats n’ont été signés, donc c’est difficile d’en dire plus. Nous envisageons par exemple de ressusciter un jeu qui a eu son petit succès en son temps, à base d’eau salée, de mutants et de stations sous-marines…

Interview réalisée le 22/02/06 par Cerbère (webmaster@cerbere.org).

Le site Web de Black Book Edition

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