bord

L'hiver dans vos parties

· 08 Juin 2005 à 20:47 /Paroles

Lorsque l’on joue une campagne, sa durée dans le jeu peut s’étaler sur plusieurs années de la vie d’un personnage (oui, bon, autour d’une table aussi, on peut jouer le même personnage de la même campagne pendant plusieurs années, mais c’est plus rare)… Certains MJ de Cerbère.org (Killmort et Jaffar, pour ne pas les citer) font jouer aux PJ des phases hivernales calmes et peu mouvementées par rapport au reste de leur vie d’aventuriers.

Cet article, qui va traiter principalement des phases hivernales dans les jeux de rôle à tendance historique (avant le XVIII° siècle) ou médiéval fantastique, va distinguer deux grandes tendances en hiver : l’aspect fantastique, puis l’aspect réaliste. Ensuite, il donnera quelques pistes de scénarios qui pourront occuper vos PJ en mal d’action pendant la période des frimas.


L’hiver facile, l’hiver surréaliste :

Dans cette option, vous ne vous cassez pas la tête, ni celle de vos PJ : vous laisserez donc vos PJ déambuler dans la neige, sans leur infliger aucun malus de déplacement, sans qu’ils ne souffrent du grand froid, des engelures, des loups ou même de la solitude implacable face au vent qui bise entre les vêtements humides.

Dans ce type d’hiver, le monde entier ne se balade quand même pas sur les routes comme en été : seuls les plus compétents continuent à errer (dont les héros, qui doivent accomplir leur mission coûte que coûte !). Cela donne un côté exceptionnel aux PJ, rien que par leurs exploits de déplacement par rapport au commun des mortels. Ils affrontent le froid, stoïques, sans craindre le rhume ni le danger. Classe. Très classe.
Cela peut donc être intéressant de les valoriser ainsi par la reconnaissance d’actions qu’ils sont parmi les seuls à effectuer.


L’hiver réaliste :

Premier point quant à l’hiver réaliste, qui ne devrait jamais être omis, afin de ne pas lasser : la dureté d’une saison peut varier. Un hiver peut être plus ou moins rigoureux, il peut même ne pas tomber de neige dans les vallées ou alors à l’inverse, être beaucoup plus violent que d’habitude. Pensez-y si vous faites jouer une campagne sur plusieurs années.

Les cols sont fermés et impraticables à cause des chutes de neige, la quasi-totalité des guildes marchandes cessent leurs activités et prennent du repos après avoir cavalé toute l’année entre les grands centres commerciaux et les comptoirs, les routes se vident, puisqu’elles ne sont plus protégées des brigands par l’armée locale (les brigands, quant à eux, pointent à nouveau le bout de leur nez pour faire barrage et attraper les quelques téméraires qui s’aventureraient, ou alors sont obligés de se déplacer dans les villes pour avoir quelque chose à voler), l’armée ayant repris ses quartiers dans ses baraquements…

Peu à peu, la vie ralentit. Tout le monde se prépare à passer un hiver rigoureux.

Les voyages et déplacements sont ainsi beaucoup plus complexes à cause des intempéries, des chutes de neige et des risques d’avalanches (si la croûte inférieure de neige n’est pas assez solide après de forte chutes de neige –tout s’effondre et dévale les pentes sans crier gare- ou vers la fonte du grand manteau blanc vers mars/avril), avec les migrations des meutes de loups, etc.
Il est donc beaucoup plus simple que les PJ hivernent dans une ville et attendent la fin de l’hiver (une période qui s’étirerait de décembre à février/mars, mais cela varie selon les régions).
Cette technique de pause hivernale permet de placer la notion temps (qui passe) dans une campagne de longue haleine. On peut alors aisément faire comprendre aux PJ que le monde ne tourne pas autour d’eux et qu’ils ne sont pas grand-chose face aux forces de la nature.

Soit ils restent donc bien au chaud dans une auberge, ce qui leur permet de soigner leurs vieilles blessures, de confectionner des armes, de s’entraîner et se perfectionner ou encore d’obtenir des postes importants dans la ville… Le passage dans l’auberge est reposant (ou pas) et vous permet, à vous, MJ, de pousser vos PJ à dilapider leur fortune si chèrement acquise les saisons passées simplement pour avoir droit au gîte et au couvert.
Si vous désirez éliminer la halte à l’auberge (je la trouve un peu trop impersonnelle, sauf si l’on effectue un immense travail de huis clos dans l’auberge, au cas où les PJ seraient bloqués par les intempéries), il serait sympathique d’insérer dans une campagne des nobles ou des bourgeois auprès desquels il serait alors important de bien se faire voir (en leur rendant des services ou en gagnant leur amitié) pour savoir où mieux passer l’hiver… Si des PJ trouvent des mécènes, il sera bien plus facile pour eux de passer l’hiver au chaud dans le manoir de ces « gens puissants ». Et cela pourrait rajouter énormément de quêtes secondaires au MJ, qui va voir ses joueurs liés à la vie et la routine de la maisonnée.

Soit, au contraire, ils continuent leurs aventures mais dans ce cas, les risques sont forts différents et bien souvent décuplés.

Techniquement, il est très difficile de faire jouer un scénario hivernal dans ces conditions de déplacement et aussi en raison du peu de vie économique existant durant cette période.
L’hiver offre de multiples possibilités de roleplay, mais il convient de ne pas en abuser, car la phase hivernale est une période de repos pour tous dans un contexte médiéval fantastique (des orques aux humains en passant par les elfes).
Un scénario dans un hiver réaliste devrait rester une exception, et pas la règle, afin que les joueurs ressentent bien l’importance du moment. Et puis, n’oubliez pas que les MJ doivent être (un peu) gentils avec leurs PJ et les laisser s’entraîner, recopier leurs sorts, se bâtir une réputation, utiliser leurs compétences d’artisanat, faire des rejetons à leurs compagnes – pensez également que c’est la seule période de l’année ou les PJ peuvent voir leur famille, ce qui est un point à ne pas négliger, car il peut être intéressant que les héros aient une vie sociale en dehors des donjons…



Quelques pistes et trames hivernales :

– Une caravane marchande brave le froid et la neige pour arriver dans une ville qui n’a plus été approvisionnée depuis deux mois et qui ne le sera pas avant deux autres… Les habitants sont heureux de se réapprovisionner avant l’heure et achètent les produits de la caravane à des prix au double de ceux du marché. Au vu du nombre de gardes, de chevaux et du nombre de personnes présentes, le meneur de la caravane doit soit être paranoïaque, soit transporter une denrée excessivement chère (qu’il n’a pas dévoilée aux citadins) ou alors il est en fait l’escorte d’un haut personnage qui se cache parmi les voyageurs.

– Une tribu barbare en manque de nourriture émigre : elle traverse un fleuve gelé et campe près d’une ville. L’armée seigneuriale ne peut intervenir, puisque les soldats se sont dispersés pour passer l’hiver chez eux, comme chaque année.
Les barbares auront donc un laps de temps supplémentaire pour razzier en bonne et due forme avant de se faire chasser (rassembler le ban prend du temps). Peut-être les PJ pourront-ils limiter la casse pendant ce temps ?
Ou la grogne des villageois se transforme-t-elle en expédition punitive alors que les barbares n’ont encore commis aucun autre méfait qu’une occupation pacifique de champs en friche ? D’ailleurs, au fond, se montrent-ils vraiment belliqueux ? Parfois, n’est pas barbare celui qu’on croit…

– Une meute de loups se déplace pour trouver des bois et terrains de chasse plus prolifiques en gibier… Si une ville ou un village se trouve sur leur passage, la confrontation risque d’être sanglante… Si on se place dans du médiéval fantastique, imaginez l’accroissement des dégâts si leur meneur est doté d’intelligence : lycanthrope ? Druide maléfique ? Allez savoir ce qui peut passer entre leurs oreilles poilues ! Pas des bêtes, mon œil ! Et ce ne sont pas les villageois qui ont préparé leurs fourches, haches et marteaux qui vont me contredire…
Variante : alors que la neige tombe dru, les personnages trouvent refuge dans une ferme fortifiée. Dehors, une meute de loups se fait pressante, mais nul ne s’inquiète, bien au chaud derrière les hauts murs d’enceinte. Hélas pour les inconscients, la neige tombe tant et tant qu’elle finit par s’accumuler sous l’effet du vent au pied de la fortification. Vers 5h du matin, le mur de neige est si élevé qu’il permet aux prédateurs de franchir l’enceinte et de commencer le carnage…Surtout si vous avez placé à la tête de la meute deux muloups bien retors…

– Une catastrophe (incendie, champignon parasite, effondrement du grenier à cause du poids de la neige, pourrissement, etc.) détruit les réserves de nourriture d’un village juste avant l’hiver ou au tout début des frimas. Les déplacements sont difficiles et les autres villes gardent jalousement leurs réserves pour elles (ou alors s’en séparent à prix d’or). Les PJ réussiront-ils à trouver assez de nourriture pour que personne ne meure de faim (imaginez la course contre la montre, doublée d’une négociation hargneuse entre vassaux d’un même comté… L’obtention de la nourriture se jouera peut-être en gages administratifs ou en dons de bans et territoires ?) ?

– Les récoltes ont été partout très mauvaises pendant l’été, et la famine se pointe : on se bat pour un morceau de chien, de rat, ou pour une plante comestible qui aurait résisté à la neige et au froid. Où se trouveront les PJ ? Avec des villageois en train de chercher à se nourrir ? Ou avec des nobles, en train de protéger leurs greniers bien remplis ? La question sera de savoir qui regardera mourir les autres…

– Les PJ sont coincés à cause de chutes de neige dans un lieu isolé, avec une réserve donnée d’eau et de nourriture, et aucun moyen de sortir et de chercher à manger sans y laisser sa peau (les joies de la randonnée sur glacier et crevasses, en cordée ou sans assurance !). Que vont-ils faire ? Attendre que ça se passe en priant pour ne pas crever de faim avant ? Manger un des PJ ? Rationner comme des malades ? Ou mourir de faim bêtement ?
Notez cependant que cette trame fonctionne moins bien dans un univers où la magie est fortement présente, puisque cette dernière permet aux PJ de se sortir très facilement de cette situation. A moins que le lieu ne bloque toute magie, il est peu probable que leur position soit gênante…

– Les PJ apprennent que le royaume voisin prépare une invasion contre celui des PJ. Ils doivent avertir le roi, qui habite à l’autre bout du royaume, avant un mois (si la défense veut avoir un peu de temps pour s’organiser). Malheureusement, l’hiver arrive plus tôt que prévu et les héros vont donc devoir à la fois gérer leurs ressources et progresser dans le froid à une vitesse relativement rapide. A partir de là, les MJ sadiques (mais lequel ne l’est pas ?) peuvent bien évidemment mettre encore plus d’embûches sur leur chemin (et forcément, le très méchant Xandern va précisément choisir ce moment pour leur tendre une embuscade en sortant de la ville, pour se venger de sa dernière humiliation…)

– Les PJ arrivent dans un village frappé chaque hiver de disette, voire de famine. Seul le Seigneur du château a de quoi se nourrir. En fouinant un peu, les personnages découvrent que chaque année, les récoltes pourrissent avant l’hiver. Et en allant plus loin, ils finissent par découvrir que le village a été maudit par les Dieux car, il y a maintenant des décennies, lors d’un hiver particulièrement rigoureux, les villageois ont dévoré des voyageurs de passage parmi lesquels se trouvait un saint homme… Aux héros de trouver comment lever la malédiction alors que la faim se fait sentir chez les villageois et que la neige tombe drue…Devinez qui vient dîner ce soir ?

– Dernière note pour le MJ en goguette sur ces pages : en hiver, la neige tombe. Ca, vous le savez. Mais elle laisse aussi des traces lorsqu’on avance dedans et ça, les PJ y pensent rarement (quand ils pensent, ce qui reste rare). Toute mission d’infiltration discrète se révèlera donc quasiment impossible sur un grand manteau blanc (rappelez-vous qu’il est très facile de suivre des traces dans la neige et que les PNJ ne sont pas idiots). On pourra toujours tâcher de recouvrir les traces, mais l’opération prendra alors beaucoup plus de temps et le risque d’être découvert augmentera proportionnellement.


J’espère que ces petites notes sur l’hiver vous aideront dans vos parties.

Je remercie vivement tous les membres de Cerbère.org qui se sont associés à cette discussion. N’hésitez pas à laisser un mot dans ce topic du forum si vous désirez ajouter un élément oublié.

Bénéfiquement,

Père Carmody