
Ce personnage a été créé pour Vampire . Il présente un handicap difficile à jouer mais qui peut également apporter beaucoup de plaisir.
Mon nom est Yang O’Hara,
Je suis né le 13 juin 1922 à Hiroshima de parents pauvres et sans éducation. Mon père était cordonnier. Quant à ma mère, elle travaillait dans une usine de préfabriqué. Je n’ai ni frère, ni sœur et dès mon plus jeune âge, j’ai du me débrouiller seul. J’ai fait un bref passage à l’école jusqu’à mes 9 ans, mais ensuite j’ai compris que je n’avais pas ma place dans cette institution, qui visait à faire de nous des futurs esclaves de la productivité. Je me mis donc à travailler avec mon père à l’atelier, ce qui n’était pas mieux en fait.
Le 13 juin 1939, à l’âge de 17 ans, je m’engageai dans l’Armée Impériale Japonaise en mentant sur mon âge. Je n’ai plus jamais revu mes parents depuis.
Très vite, je découvris que j’étais particulièrement doué avec un fusil, et mon caractère solitaire m’a conduit dans une unité d’élite du nom de Kotaro.
Le 10 mai 1940, l’Allemagne déclara la guerre à l’ensemble de l’Europe. Les entraînements devenaient de plus en plus longs et difficiles. Ma position de sniper m’obligeait à m’entraîner encore plus que les autres, mais l’honneur d’appartenir à cette unité comblait amplement cette difficulté.
Le 7 décembre 1941, le Japon entra en guerre… J’avais 19 ans et, malgré une année et demi dans l’unité du Kotaro, je n’étais pas réellement préparé à ce que j’allais devoir affronter.
Le 13 décembre 1941, moi et mon unité avons été envoyés sur l’île de Guam, contrôlée par les ricains. Après des semaines et des semaines de combats acharnés, nous avons pris le contrôle de l’île. Je reçus le Poignard qui est décerné lors de la toute première victoire au combat. Mes supérieurs directs m’encourageaient en me disant que j’étais promis à une très grande carrière au sein de l’Armée Impériale du Japon.
Les combats se succédèrent pendant des mois et des mois… Beaucoup de mes frères d’armes sont tombés mais, vers la fin du printemps de 1942, l’Empire du Japon avait sous son contrôle toute l’Asie du Sud-Est. Nous avions montré notre supériorité sur le reste du monde.
Peu de temps après, la riposte des alliés se fît sentir… Les défaites remplacèrent les victoires. Néanmoins, l’Empire du Japon résista des mois et des mois. Et même quand l’Allemagne rendit les armes, l’Empire du Japon était toujours là, menaçant. Je remportai encore plusieurs médailles. J’ai reçu l’ Ordre du Soleil Levant lors de la campagne des îles Marshall et la Red Cross aux Philippines en 1945.
Quelques temps après, les Américains lancèrent leurs bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, réalisant ainsi le pire acte de l’humanité. La guerre était finie et la honte était sur nous.
C’est ainsi qu’à l’âge de 23 ans, je quittai l’armée de l’Empire du Japon pour retourner à Hiroshima reconstruire ma ville. Certains me considéraient comme un héros, d’autres comme le responsable de leurs malheurs. Mes parents étaient morts lors du bombardement, comme 75,000 autres personnes.
On avait besoin de bras pour reconstruire les dégâts, et c’est ainsi que j’ai commencé à travailler dans une société de construction qui avait son siège social aux États-Unis. Je compris très vite que mes amis étaient morts pour rien, ainsi que tous les gens que j’avais tué… Nous n’étions que des pions sur un échiquier géant.
Un an plus tard, j’ai dû m’arrêter de travailler. Les radiations méconnues de nous avaient fait leurs ravages. Je pense que j’avais développé un cancer qui me rongeait de l’intérieur. Comprenant qu’il ne me restait plus longtemps à vivre, je décidai de partir pour l’Europe dans l’espérance de comprendre le pourquoi de toute cette folie. Toutes mes économies passèrent dans le billet d’avion mais, après tout, j’étais le dernier de ma lignée.
Je savais que mon arrivée en Europe ne serait pas la bienvenue mais j’étais loin du compte. Dès mon arrivée, on me jeta en prison pour des raisons obscures. Je pouvais voir la haine dans leurs yeux… Quelle ironie, les soi-disant défenseurs du monde libre…
J’ai eu tout loisir de méditer sur mes actes et sur ceux de l’humanité. De ma cellule, je voyais Paris se reconstruire. La ville reprenait vie jour après jour et les gens commençaient déjà à oublier. Mais pas moi…
On me relâcha deux mois plus tard, toujours pour des raisons obscures. Pendant ce séjour en prison, mes forces s’étaient encore affaiblies. Je ne comprenais plus pourquoi j’étais venu ici, mais il était trop tard maintenant. Il était clair que j’allais mourir loin de chez moi et seul.
Je me retrouvais donc à Paris sans argent, sans endroit où aller et pire encore, sans connaître la langue de Molière. Pour survivre, je fis des petits boulots dégradants et sans avenir. J’étais un étranger parmi tant d’autres… Invisible aux yeux des Européens. Je n’attendais plus rien de cette vie et je savais que mes derniers jours étaient très proches. Je venais d’avoir mes 25 ans, le 13 juin 1947, quand une rencontre changea à tout jamais mon existence.
Je venais de finir ma journée sur les docks de la Seine. La nuit était déjà tombée depuis plusieurs heures et je rentrais dans le cloaque qui me servait de demeure, quand un bruit attira mon attention dans une ruelle. Un homme était entrain d’agresser une femme. Je vis son visage grâce à la lumière de la lune. Elle était belle comme l’aube, jamais auparavant, je n’avais vu une femme aussi belle. Je savais que ma maladie m’avait rendu faible, mais je ne pouvais laisser faire cet homme.
Je pris une bouteille sur le sol et m’avançai en boitant vers l’homme qui avait le dos tourné. Maintenant que j’y pense, j’aurais du comprendre que quelque chose n’était pas normal. Mais sur le moment, je ne fis pas attention aux détails, seule la protection de cette femme m’importait. Je fracassai la bouteille sur le crâne de l’homme mais il ne s’écroula pas comme je l’avais espéré. Au contraire, il se retourna vers moi et ce que je vis me glaça le sang. Il ressemblait à une caricature d’humain, ses traits étaient grossiers et deux énormes canines ressortaient de sa bouche. Du revers de la main, il m’envoya dans les airs… Quelques centièmes de seconde plus tard, je retombai sur une poubelle.
À moitié sonné, je le vis se pencher sur moi pour me donner le coup de grâce. Coup de grâce, que je me surpris à attendre avec impatience. Mais celui-ci n’arriva jamais. Avant que cette chose ne me frappe, une épée le transperça de part en part. Derrière lui se tenait cette femme, elle me regardait avec ses grands yeux bleus et je tombai dans l’inconscience.
Quand je repris conscience, elle était là, penchée sur moi, entrain de me regarder. Vaseux, je demandai où j’étais. Pour seule réponse, elle posa son doigt sur ma bouche en faisant « chut ». Je regardai autour de moi, j’étais dans un appartement richement décoré. La culture japonaise était clairement affichée et pourtant, cette femme était européenne. Il y avait des peintures un peu partout dans l’appartement.
Elle prit la parole dans ma langue natale :
« Tu m’as sauvée dans la ruelle… Pourquoi ? » Elle me regarda longuement. Je compris qu’elle n’avait pas fini.
« Oui, tu es faible, rongé par la maladie, et pourtant tu es venu à mon secours alors que tu n’avais aucune chance devant lui. Soit, tu es le plus courageux des hommes, soit, tu es un idiot»
« L’un ne va pas sans l’autre » dis-je péniblement. Je me rappelle que cette réplique que je ne pensais pas vraiment la fit beaucoup rire.
« Quelle était cette chose ? » lui demandais-je. Ce qui provoqua la fin de son rire. Elle détourna la tête quelques secondes.
« Cette chose, comme tu dis, appartient à mon espèce mais, c’est une forme dégénérée. » Elle se retourna de nouveau vers moi, laissant apparaître deux canines bien droites. Son visage était toujours aussi serein et son charme était encore plus grand. Elle n’avait rien à avoir avec la créature de la ruelle.
À cet instant, j’ai vraiment eu l’impression que plus rien n’existait, à part elle et moi. J’ai ressenti comme si le temps lui-même ne voulait plus s’écouler. Ce silence devenait trop dur à supporter et je décidai donc de le briser.
« Et maintenant ? Vous allez faire quoi ?! » dis-je d’un ton provocateur et rempli de fierté. Pendant la guerre, j’avais vu la mort en face tellement de fois que celle-ci ne me faisait plus peur. Je m’étais préparé à elle depuis si longtemps que je l’attendais avec impatience.
Elle fît semblant de réfléchir. Pourtant, je savais très bien que sa décision était prise depuis longtemps.
« Je vais te donner le choix ! Comment t’appelles-tu brave guerrier ? » l’intonation de sa voix était sec mais pas agressif.
« Mon nom est Yang O’Hara » dis-je calmement
Elle se pencha sur moi, son visage et surtout ses canines n’étaient plus qu’à quelques centimètres de mon visage.
« Acceptes-tu mon baiser, Yang ? » soupira-t-elle.
Et mon regard se perdit dans le sien pour le reste de l’éternité.