
Cette théorie sur les temps obscurs du Culte du Heaume alors qu’il colonisait les terres de Maztica a été écrit en 2001, alors que nous étions plusieurs à nous demander ce qui avait provoqué cette effusion de violence, perpétrée par un culte neutre et protecteur. Ce texte ne doit pas être vu comme une version officielle, mais seulement comme une théorie.
Krishna Sanitsu, notre bibliothécaire itinérant, me demanda il y a quelques temps si je pouvais lui apporter des précisions sur les événements qui secouèrent le Culte de Heaume il y a quelques années lors d’une expédition dans les terres de Maztica.
Je dois dire que je n’ai que peu de renseignements concernant les croisades maztèques. Le Culte rechigne quelque peu à enseigner ce passé douloureux et honteux, surtout qu’il est encore relativement récent.
A la découverte du continent de Maztica par des explorateurs Amniens en 1361, quelques seigneurs de Faerûn virent là une occasion d’augmenter sérieusement leurs revenus.
Malgré la distance (Maztica est situé à plus de 4.800 kilomètres à l’ouest du sud-ouest d’Amn), ils projetèrent une expédition, mais les fonds leur manquèrent assurément, puisqu’ils vinrent convaincre les hauts prêtres de Heaume de les suivre dans leur entreprise.
Comme toute religion l’aurait probablement fait, les adeptes de notre Culte décidèrent d’étendre les croyances à ces contrées lointaines, sûrement afin d’obtenir une plus grande notoriété, avec ce lot de fidèles potentiels en ces lointaines terres.
Cette soif de pouvoir qui aveugla les adeptes entraîna la création d’une troupe expéditionnaire qui prit le bateau pour Maztica, après deux mois de préparation. Croisés, chevaliers, guerriers, reîtres et mercenaires, ils étaient tous là pour empocher une prime, des honneurs ou un peu de gloire au nom du Protecteur.
La mission suivit son cours, et, après plusieurs mois de voyage, ils arrivèrent en «terre païenne». Les autochtones ayant leur propre conception religieuse, les responsables de l’expédition se heurtèrent à un refus catégorique, pourtant prévisible.
Et notre Culte insista : il leur fallait ces nouveaux adeptes ! Le voyage était trop long et l’investissement trop important pour rebrousser chemin maintenant. Et les responsables s’assirent de nouveau à la table des négociations. Négociations difficiles, du point de vue de la culture comme au niveau de la langue (bien peu d’interprètes de Faerûn excellaient dans le Nexalan, langage communément usité dans les terres de Maztica).
Ensuite, on ne sait pas vraiment ce qui a mené à ces atrocités… Le climat ? La fièvre ? L’exaspération des émissaires ? L’impatience des reîtres et des mercenaires ? Les railleries des maztèques ?
Peut-être tout cela à la fois.
Une rumeur m’a néanmoins été rapportée : comme elle me fut contée par un érudit notoire en qui je n’ai qu’une confiance limitée, elle vaut ce qu’elle vaut, mais c’est le seul rapport qu’il m’ait été donné d’entendre.
Cet érudit serait tombé par hasard sur un journal de bord d’un croisé ayant pris part à cette expédition.
Outre les maladies et l’impatience générale de conquêtes et d’action, il relata également l’existence d’une troupe de mercenaires qui allèrent piller en secret (par avidité et envie de femmes, vraisemblablement) deux villages près du camp principal.
Les habitants en référèrent aux autorités de Maztica, qui organisèrent des représailles.
Le camp, surpris après avoir subi une attaque de nuit, se ressaisit après s’être vu infligé de menues pertes (toujours trop importantes à mon goût quand il s’agit de vies d’hommes, et surtout pour de tels motifs) et contre-attaqua férocement, ne comprenant pas pourquoi tant d’hostilité apparut soudain dans le cœur des autochtones.
Pris d’une rage vengeresse, il massacrèrent la plupart des habitants refusant de se convertir à la religion de Heaume, de gré ou de force.
Après quelques semaines de massacres, ils se heurtèrent à des forces plus importantes et piétinèrent quelques peu lors de traversées de dangereuses jungles.
Les coupables des méfaits antérieurs furent surpris et ces mercenaires furent exécutés après un jugement où les responsables se rendirent compte de leur bêtise.
Ils demandèrent pardon et s’enfuirent penauds rejoindre les terres plus connues où les prêtres de Heaume étaient quelque peu respectés.
Quel ne fut pas leur désarroi quand le Culte perdit des fidèles à trop vouloir en gagner…
Discréditée, la religion perdit des adeptes choqués par tant de cruauté infligée au nom d’un Dieu “juste et protecteur”.
C’est là un bien noire aspect de notre histoire qui a été soulevé ici. J’ai le cœur qui saigne rien qu’en pensant à tous ces malheureux se défendant contre des bourreaux surarmés par rapport à eux, mourant pour défendre leur liberté et leurs croyances.
J’espère que plus aucun culte, quel qu’il soit, ne viendra jamais plus forcer un peuple à adorer tel ou tel dieu.
Mais ces décisions, ce n’est pas moi qui peut les empêcher. Pas seul, en tout cas…