
Ce PNJ joue un rôle dans la campagne de Cerbère.org ; bretteur redoutable mais homme presque d’honneur avec les combattants, il ne manquera pas de surprendre, dans l’obscurité d’une ruelle mal fâmée.
Histoire :
Marildo Fascia est né à Fentheim, la grande ville-capitale du Royaume. Ses parents étaient les riches et puissants dirigeants d’une organisation de receleurs assez efficaces dans la cité. Ils étaient d’ailleurs si riches que leur fils aîné, Francisco (aujourd’hui plus connu sous le nom du thaumaturge « Telesh le Rouge »), put suivre les cours d’un mentor magicien. Telesh partit suivre les leçons de son maître très loin, ce qui laissa Marildo, son frère cadet, avec un statut assez confortable de fils unique.
Cette situation ne dura toutefois pas. Deux ans après que cette douce vie commence, une sanglante lutte de pouvoir entre guildes coûta la vie aux époux Fascia. Aidé par des amis de feu ses parents, Marildo parvint à échapper aux tueurs lancés à ses trousses. Il fut pris sous l’aile de ces « amis », toutefois peu recommandables en regard de la justice. Cambrioleurs, tire-laines, monte-en-l’air, arnaqueurs…
Cette hallucinante Cour des Miracles fut une école rude et efficace pour le jeune homme d’une douzaine d’années qu’était Marildo à l’époque et qui changea définitivement l’enfant gâté qu’il avait été. Avec pour père des hommes qui n’hésitaient pas à abattre celui qui parlait trop ou haussait un simple sourcil, et avec des mères qui sillonnaient les rues pour vendre leur corps dès la nuit venue, Marildo était tout sauf seul et fut aiguillé, à force de côtoyer ces gens, vers un désir de vivre facilement son existence et de gagner assez bien sa vie pour retrouver le luxe de son enfance dorée.
Il se vit dès ses quatorze ans grossir les rangs de ses pères adoptifs. Il possédait le talent oratoire de son père et la dextérité de sa mère, ce qui fit très rapidement de lui un homme écouté et respecté. Ses spécialités étaient alors le vol qualifié, l’espionnage et les arnaques en tous genres. Ce qu’il prisait le plus était l’action coordonnée de groupe : semer à plusieurs la zizanie dans une auberge et provoquer une bagarre générale ; ensuite, juste avant que le guet n’arrive, disparaître avec les bourses et biens précieux de toute l’auberge occupée à se cogner consciencieusement dessus.
Pourtant, le train de vie imposé à Marildo par ses nombreuses conquêtes féminines ne lui laissait aucune économie. Il en eut rapidement assez de travailler pour dix filles à la fois, et choisit la plus belle, la plus pieuse et la plus sensuelle : Noéma. Cette belle brune avait toujours été son fantasme secret et il hésita longtemps avant de demander sa main dans les formes. Il le fit pourtant et se retrouva immédiatement marié.
Noyé dans son petit bonheur, il en oublia les tractations au sein des guildes. Marildo et ses acolytes avaient doublé des collègues sur une affaire juteuse, et lesdits collègues avaient décidé de se venger. Un soir, ces derniers mirent le feu au quartier où créchaient Marildo et la bande d’affreux qu’il s’était constitué. Peu d’entre eux survécurent à l’incendie, et la ville fut nettoyée ce soir-là de bon nombre de putains, malfrats et escrocs. Marildo en réchappa miraculeusement, étant allé retrouver son frère qui venait tout juste d’achever son éducation de magicien, dans une autre ville.
A 20 ans, Marildo avait déjà tout eu : une femme (enceinte de huit mois au moment de l’incendie), des amis valeureux, des ennemis farouches, la gloire et beaucoup d’or. Et le voilà qui avait tout perdu en une seule nuit. Son frère Telesh, qu’il venait de retrouver après huit ans d’absence, fut un grand soutien lors de ce coup dur. Marildo décida d’arrêter ses activités illicites et de racheter les âmes de ceux qu’il avait conduits à la mort en effectuant un travail honnête et utile. Telesh lui proposa de se joindre à lui : il avait entendu parler de grands trésors à découvrir au sud, mais Marildo déclina l’offre. L’idée avait subitement germé dans sa tête : il serait soldat pour une cause juste.
Et voilà Marildo Fascia qui s’enrôla un beau matin dans l’Infanterie Royale. Il passa plus de douze années en campagne pour le compte du Roi, dans le sud, alternant les sièges, batailles rangées, prises de position risquées, escarmouches sanglantes et beuveries militaires. Il vivait sa rédemption par les armes comme un sacerdoce et avait perdu beaucoup de ses habitudes passées : il ne riait plus du tout, parlait beaucoup moins, buvait beaucoup plus et trucidait froidement tous ceux dont le regard était un peu trop appuyé de mépris envers sa personne. Par expérience, on laissa tranquille cet homme sans pitié, sans humour, aussi austère et fanatique qu’un vieux prêtre.
On l’appela ainsi rapidement et craintivement « l’oublié de la faucheuse », car on ne comprenait pas pourquoi il n’avait pas encore trépassé, alors qu’il semblait ne désirer que cela. Dans les batailles où cette téméraire tête brûlée jouait habituellement le tout pour le tout, dans les duels qu’il provoquait à l’envi, ou dans ses tentatives de suicide à la guerre (on raconte qu’il se porta volontaire pour infiltrer seul les rangs ennemis pendant une nuit sans lune et qu’on le retrouva à moitié mort au matin, couvert de sang des pieds à la tête, dans le camp dévasté et jonché de cadavres mutilés. Lui avait survécu, en bon et fier soldat qui vend très chèrement sa peau.), cet homme aurait du mourir mille fois. Mais le fait était là, malgré ses silences, son fatalisme et sa morosité, il était encore vivant. Les hommes qui désiraient survivre mouraient, et lui qui désirait mourir vivait. Il sembla pourtant qu’il mourut un jour, du moins officiellement.
Après dix ans de loyaux services dans l’infanterie, Marildo était monté en grade et dirigeait maintenant une escouade, avec laquelle il dut partir reconnaître une grotte, dans le désert du sud. Personne ne savait pourquoi et personne n’osa demander la raison à l’état-major, qui était avare en explications.
Marildo s’employa, avec son fatalisme de soldat, à mener la vie dure à la dizaine d’intrus visiblement non autochtones présents dans la grotte qu’il se devait d’explorer. Au bout de poursuites haletantes et de combats acharnés dans l’obscurité, d’explosions magiques et de hurlements des agonisants, Marildo tomba nez à nez avec son frère, qu’il reconnut alors que ce dernier incantait on ne sait quel sort destructeur dans un joyeux effet de lumière. Eclatant de rire au beau milieu du combat qui s’arrêta aussitôt, Telesh et Marildo se reconnurent, semblant aux autres l’un que l’autre pareillement dérangés. Ils décidèrent au bout d’une discussion enjouée de conquérir à eux deux le trésor que Telesh espérait retrouver dix ans auparavant. Ils tuèrent consciencieusement les membres de l’escouade de l’Infanterie Royale et les porteurs du mage (Marildo fut donc porté disparu et considéré comme mort par l’armée) et s’en allèrent consulter la Bibliothèque Royale de Fentheim. Obligé de vivre caché, puisqu’il était officiellement mort, Marildo s’accommoda aux ombres, qui devinrent ses plus proches amies. A l’aide d’un traité poussiéreux découvert par Telesh à la Bibliothèque, Marildo devint un redouté Maître des Ombres.
Rapidement sans le sou, Marildo accepta quelques travaux finissant avec six pouces d’acier dans l’abdomen d’une victime désignée dans le contrat, afin de survivre et de nourrir son frère, qui s’épuisait avec acharnement à la Bibliothèque. C’est lors d’un de ces contrats qu’il rencontra son plus fidèle commanditaire : Wigskles, une connaissance de Telesh. Il payait grassement et accepta bientôt de laisser ouvrir à Fentheim une guilde similaire à celle des Corbeaux de Brixbourg, affiliée à cette dernière. Cette sorte de franchise ouvrit bientôt et mit beaucoup de monde d’accord dans la capitale. Tout le monde comprit qu’il fallait soit entamer une résistance sanglante ou s’allier aux Corbeaux.
La succursale des Corbeaux de Fentheim est trois fois plus grande que celle de Brixbourg, mais les décisions ne sont pas prises à la capitale. C’est Marildo qui dirige la guilde, dans cette ville qu’il connaît si bien. Il était le mieux indiqué, connaissant bien la ville et s’étant fait oublier pendant dix ans. Lorsque Brixbourg fut « nettoyée » des Corbeaux par les PJ, la succursale de Fentheim devint provisoirement le siège de la Guilde.
Marildo est entièrement dévoué à Wigskles, qui lui a presque redonné tout ce qu’il avait perdu par le passé : or, pouvoir, amis. De femme, il ne prendra plus jamais, et sa joie de vivre semble avoir brûlé avec sa famille adoptive et ce quartier entier, alors qu’il avait 20 ans.
Marildo a pourtant, il y a peu, pris sous son aile un garçon de six ans qu’il a recueilli dans la rue, qui sera son héritier moral et pourra prendre sa succession des Corbeaux de Fentheim, quand Wigskles ne sera plus et qu’il aura (espère-t-il) pris le pouvoir complet sur toutes les Guildes des Corbeaux, que Marildo croit nombreuses, même si Wigskles ne lui en a jamais parlé. Marildo sait que travailler pour l’avenir, c’est travailler pour les autres…
Marildo est riche, très riche : sa fortune totale s’élève à environ 70 000 pièces d’or (la moitié en terrains et maisons aux environs de Fentheim et le reste en liquidités). Marildo usera de cet or s’il est en fâcheuse posture. Il suppliera de ne pas le tuer et qu’il peut payer les PJ pour leur indulgence. Auquel cas il mènera les PJ à Fentheim et leur donnera toutes ses liquidités avec la promesse qu’il se retirera des affaires. Gare à eux, pourtant, s’ils ont pitié et ne le tuent pas. Sitôt les PJ partis de Fentheim, ils auront toutes les Guildes des Corbeaux sur le dos…
Combat :
Marildo est une tête brûlée qui adore les duels de bon matin sur un pré, entouré de témoins, et les combats savamment orchestrés, de manière plus générale. Il n’hésitera jamais à se battre contre cinq ou six adversaires à la fois, surtout si c’est au beau milieu d’une mêlée torride. C’est un guerrier qui aime l’honneur, qui préfère de loin donner le coup d’épée par devant que poignarder par derrière. Toutefois, s’il n’y a que ça pour arriver à ses fins, il y consentira de bon cœur.
En bon perfectionniste, il aime faire durer les combats pour instruire les adversaires qu’il juge dignes (les PJ, par exemple), sur l’escrime et sur le combat en général. Souvent, il les laisse sur le carreau encore vivants, et les quitte en leur faisant une révérence, sans oublier de leur signifier qu’ils n’auront qu’à le chercher pour se venger. Toute la joie et l’exubérance de Marildo se résument dans sa façon de se battre. Il y perdrait même tout fatalisme, à part celui qu’il faut bien mourir un jour…
Apparences :
Marildo a maintenant presque quarante ans, mais sa courte chevelure d’un noir de jais ne trahit pas son âge. Ses yeux gris et froids ne rient jamais : ils sont deux juges neutres qui observent et proclament les sentences. Sa terrible moustache retroussée en crocs surplombe une bouche aussi droite qu’une colonne de temple. Si Marildo esquisse une grimace qui pourrait passer pour un sourire, de fortes chances existent pour qu’une vie s’envole dans la minute. Toujours élégamment vêtu, ce tueur implacable surveille son apparence, car il en change souvent. Maître dans l’art du déguisement (qu’il prend très au sérieux), il est aussi à l’aise en loques que dans des toilettes dignes d’un prince (peut-être parce qu’il les a tour à tour portées). Cependant, sous toutes ses nombreuses formes, Marildo est reconnaissable à deux choses : une gourmette de femme en or sur son poignet gauche (l’unique objet retrouvé intact sur le corps calciné de son ex-femme) et un tic qu’il a développé depuis la mort de Noméa : il fredonne ou sifflote très souvent une petite ritournelle que son épouse adorait de son vivant, un petit « lalalilala » doucereux, qui ne manque pas de surprendre, sortant de la bouche de cette machine à tuer.